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Portrait d’acteur : Loïc Pasquet

 

Loïc Pasquet, Liber Pater et Denarius.
Photos Jean-Bernard Nadeau – Réalisation vidéo Arnaud Fleuri – Texte Frédérique Nguyen Huu.

 

Loïc Pasquet abandonne vite la voie qui l’avait conduit à intégrer Peugeot après une maths sup, une maths spé et un cursus en école d’ingénieur à Dijon. Collectionneur et passionné de vin, il ressent « très tôt l’envie d’acheter une propriété pour y façonner des vins authentiques en plantant des vignes franches de pied. » Pendant cinq ans, il sillonne le Bordelais à la recherche d’un domaine.

 

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Une terre qui « fait bon »

C’est un « papy » rencontré au gré de ses longues balades à vélo qui lui désigne le lieu propice évoquant une terre où « ça fait bon et ça l’a toujours fait. » Les propriétaires sont des septuagénaires sans enfant et sont d’accord pour vendre. Les occasions comme celles-ci sont rares et Loïc Pasquet ne la laisse pas passer. En 2004, il s’installe sur ce terroir de la Rive Gauche et des hauteurs de Landiras à la géologie unique. Ici, les vignes s’implantent sur l’anticlinal, formation née en même temps que les Pyrénées et vieille de 50 millions d’années, tandis qu’ailleurs dans le Bordelais l’âge du socle géologique s’échelonne entre 10 000 et 4 millions d’années. Ce haut lieu de la viticulture bordelaise compte parmi ses précédents propriétaires, des noms illustres, dont celui Jeanne de Lestonnac, nièce de Montaigne. Associant vigne et fruitiers, on pratiquait ici dès le XIIe siècle la culture en joualle héritée des Romains.

 

Particulièrement exceptionnels, les 70 ares de Liber Pater sont orientés au nord-est et implantés en haut de coteau, à 70 m de hauteur, point-culminant des vignobles alentours tout en étant proches de l’océan. Ces parcelles comme celles des 6 hectares de Denarius, l’autre « climat » de Loïc Pasquet, se situent dans le fond du fleuve primitif sur son versant nord où se retrouvent des graves profondes, restes de cet ancien cours d’eau, sous lesquelles demeurent également une grande diversité de coquillages. Dans ce secteur propice au vin se retrouvent aussi dans les couches inférieures de l’argile de brach et autres argiles retenant l’eau et la restituant au compte-goutte à la vigne et enfin le socle crétacé. Et, au-dessus de cet ensemble, déposé par la mer sur les Landes et la Rive Gauche, du sable qui protège les cultures du phylloxera.

 

Adepte des vins de lieu, Loïc Pasquet réintroduit les cépages sur les terroirs qui les ont vu naître en s’appuyant sur de vieux actes notariés. Ainsi, la petite-vidure retrouve la grave sèche et acide, le tarnay la grave, le castets la grave argileuse ou encore l’argile pour le saint-macaire, sans oublier pardotte, gros cabernet et cabernet goudable. Millésime après millésime, le vigneron constate que tous les pieds arrivent à maturité au même moment et qu’en revenant aux cépages d’autrefois, on retrouve la juste maturité. Pour faire revivre les très grands terroirs de Bordeaux, Loïc Pasquet renoue dans ses pratiques culturales avec les savoir-faire ancestraux : agroforesterie, traction animale, forte densité (20 000 pieds/ha), implantation en quinconces et en échalas, vertus de la Lune, du souffre, du cuivre et des plantes en tisane. Pas de levure, ni additif pour revenir à la plus grande simplicité, le vin n’étant « rien d’autre que du raisin fermenté ».

 

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Le goût du lieu

Au cœur du projet, la plantation de vignes franches de pieds pour mieux revenir au goût pré-phylloxérique, retrouver la finesse de vins exprimant leur terroir sans artifice, « loin de ce qui se pratique actuellement à Bordeaux et qui revient à méconnaître les lieux, tendant vers la simplification avec une construction d’arômes selon les modes passant allégrement du corsé au fruité. » Aux curieux et aux amoureux des saveurs authentiques, Loïc Pasquet propose ses vins nés de pieds francs. Des nectars semblables à ceux d’un temps, pas si lointain, où la Rive Gauche ne comptait pas un seul merlot. Introduit après le deuxième conflit mondial parce qu’il permet de multiplier les volumes par cinq, ce cépage répond parfaitement aux problématiques de l’après-guerre. Corolaires de son introduction massive, l’oubli du qualitatif, la perte de la notion de cépage authentique et, avec elle, de la finesse de vins brillants, aux notes florales, de vins de garde par excellence qui recèlent autant de belles qualités disparues avec la greffe.

 

Liber Pater et Denarius sont élevés en amphore. Pas de barrique, autrefois uniquement utilisée pour le transport. Le vin est conservé dans le grès qui ne donne lieu à aucun échange, ni apport exogène. Pas de tannin, pas plus de boisé que d’arômes de chauffe : le fumé et le chocolat retrouvés dans les vins sont naturellement issus de la grave. « Le goût du lieu est immuable, même s’il y a toujours la signature du millésime. » En outre, le franc de pied absorbe très bien le réchauffement climatique, du moins dans ses proportions actuelles. Les vins ne dépassent jamais les 12°C. Et, la vendange s’échelonne immuablement entre le 3 et le 12 octobre. Racinaire plus profond et pied adapté à son terroir, vitis vinifera n’a pas à subir le stress d’un porte-greffe importé.

 

 

Des vins droits et purs

Depuis que ses vignes sont en 100% pied franc, à savoir 2015, Loïc Pasquet ne vinifie pas tous les ans. Lorsque c’est le cas, il élabore des vins « plus droits, plus purs, avec de la brillance, une belle longueur qui ne doit rien aux tannins, une jolie acidité, des vins subtils et élégants, naturellement beaux et bons, incarnant une certaine vision du luxe, sans artifice, un état où tout est à sa place ». Critiqué et attaqué à ses débuts, Loïc Pasquet fait aujourd’hui des émules à Bordeaux et au-delà. On vient voir ce vigneron à part pour mieux comprendre ce qu’il a mis en œuvre. Quelques grands crus classés reviennent même à la plantation en franc de pied et aux cépages anciens. Si, rapidement, le prix de son vin est monté très haut, c’est qu’il répond à une demande, celle d’un vin de lieu qui jusqu’alors n’existait plus dans le Bordelais où il ne reste rien des goûts prévalant lors du classement de 1855. « Mon vin, c’est un peu comme si on vous proposait de voir un dinosaure, de goûter une part de l’histoire de France, » souligne-t-il.

 

Et dans les années à venir ? Loïc Pasquet entend poursuivre l’expérience ailleurs, réintroduire le goût des vieux cépages dans d’autres régions. « A ma petite échelle, je fais ce que je peux, » affirme celui qui mène actuellement un projet en Géorgie, berceau de la viticulture mondiale, en épaulant des vignerons locaux et en les incitant à renouer avec les pratiques anciennes et notamment à abandonner la barrique pour revenir à l’emblématique kvevri. Une démarche qui découle naturellement de l’ouvrage accompli à Landiras et concourt à préserver le goût des générations futures en évitant l’uniformisation.

 

 

 

 

Making Of

 

En savoir plus sur  Liber Pater

 

5 réponses à “Portrait d’acteur : Loïc Pasquet”

  1. Jean Chanfreau dit :

    il s’agit de Fake news !
    Avez vous vérifié que le vignoble existe reelement et qu’il produit du vin ?

  2. Guy Salmona dit :

    Pour moi, la seule caractéristique notable de ce vigneron et de ses vins, en dehors de l’imaginaire et la fantasmagorie revendiquée, c’est le prix de ses vins (plusieurs milliers d’Euros) qui les destine à des oligarques russes et ou chinois. On est pour moi dans l’épate et loin de la sincérité. Je peux aisément reconnaitre que la poursuite d’un idéal, la référence bienvenue à l’histoire et la curiosité dont Loïc Pasquet fait preuve sont des puissants moteurs pour produire des vins extra-ordinaires. Mais pourquoi les destiner exclusivement à de riches imbéciles ? Car il faut être l’un et l’autre n’est-ce pas ?, pour acheter un de ses flacons.

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