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La minute marché, avec Edouard Descamps, de Viti Morley

Entretien avec Edouard Descamps, enfant du pays, fils de l’ancien maire de Sauternes, il connaît le vignoble comme sa poche et sa société Viti Morley est un partenaire clé pour beaucoup de châteaux.

 

 

La société Viti Morley est une référence dans le milieu viti-vinicole. Basée dans l’Entre Deux Mers, à Capian plus précisément, elle assume depuis plus de vingt ans un rôle essentiel dans l’univers du vignoble bordelais. Forte d’une équipe de permanents d’une trentaine de collaborateurs et d’un staff montant à plus de trois cents personnes durant les vendanges, la société est confrontée comme tout le secteur aux enjeux actuels. Elle assume des prestations dans les chantiers manuels de la vigne, les travaux mécanisés et les multiples activités au chai…

 

 

Bernard Sirot : Qui sont les fondateurs de Viti Morley ?

 

Edouard Descamps : Viti Morley a été fondée en 2002 par Jean-Jacques Chatrix, qui a créé et développé l’entreprise autour d’un métier de services viticoles destiné à accompagner les propriétés dans leurs travaux et dans la conduite de leur vignoble. De mon côté, j’ai rejoint la société en tant qu’associé en septembre 2017, à l’occasion des premières vendanges que nous avons réalisées ensemble. Cette association a marqué une nouvelle étape dans le développement de Viti Morley.

 

 

BS :  Bordeaux est un vignoble important et varié. Vous évoluez davantage sur quelles régions du Bordelais ?

 

ED : À l’origine, nous avons développé notre activité principalement dans l’Entre-deux-Mers. Nous nous sommes ensuite implantés dans le Sauternais et les Graves, avant d’élargir progressivement notre présence à d’autres grandes régions viticoles du Bordelais. Nous intervenons aujourd’hui également sur des secteurs comme Pessac-Léognan, Saint-Émilion et le Médoc.

 

Cette implantation progressive nous a permis de bien connaître les différentes problématiques du vignoble bordelais, qui sont loin d’être identiques d’une appellation à l’autre. Notre force est justement d’avoir développé une connaissance assez large du vignoble, tout en conservant une approche très opérationnelle et proche des propriétés.

 

 

BS : Vous dirigez l’entreprise depuis quand ?

 

ED : Depuis 2024. Cette année-là, j’ai racheté les parts de mon ex-associé et j’assure depuis seul la direction et la gestion de Viti Morley. Cette reprise représente pour moi bien plus qu’une simple évolution professionnelle. La viticulture est un métier qui me passionne depuis toujours. J’ai fait mes études dans le domaine de la viticulture et de l’œnologie, à la Tour Blanche dans le Sauternais, avec l’envie de comprendre aussi bien la vigne que le vin, mais surtout de rester proche du terrain. J’ai ensuite eu la chance de construire une partie importante de mon expérience professionnelle à l’étranger. J’ai notamment travaillé en Espagne, en Hongrie, en Afrique du Sud, au Chili et en Turquie. Ces expériences ont été extrêmement enrichissantes parce qu’elles m’ont permis de découvrir des vignobles, des climats, des terroirs et des méthodes de travail très différents.

 

Travailler dans de grandes propriétés à l’étranger m’a également beaucoup appris sur l’organisation d’une entreprise viticole, la gestion des équipes, la mécanisation, la conduite des vignobles sur des surfaces importantes et la nécessité d’avoir une organisation extrêmement rigoureuse pour être performant. Mais ces expériences m’ont surtout conforté dans une conviction : la qualité d’un vignoble repose avant tout sur la connaissance de la vigne, l’observation du terrain et la compétence des hommes et des femmes qui travaillent au quotidien dans les parcelles. Aujourd’hui, je considère Viti Morley comme la synthèse de toutes ces années d’expérience.

 

 

BS :  Bien entendu, la société a dû évoluer en fonction des nouvelles orientations du vignoble…

 

ED : Oui, et c’est même indispensable dans notre métier. Le vignoble bordelais connaît aujourd’hui des transformations profondes. Les attentes des propriétaires évoluent, les surfaces sont parfois réduites, certaines exploitations diminuent leurs équipes permanentes et les pratiques culturales changent. Nous devons donc être capables de nous adapter en permanence et de comprendre les problématiques de chaque propriété. Être capables de proposer des solutions adaptées, tout en garantissant un niveau de qualité et de suivi élevé est un de nos objectifs majeurs.

 

 

Photo Jean-Bernard Nadeau

BS : Mais aussi, des évolutions technologiques nouvelles…

 

ED : Absolument. La technologie prend une place de plus en plus importante dans notre secteur. La viticulture évolue avec la mécanisation, la précision des interventions, les outils de suivi et de pilotage du vignoble, mais également avec toutes les nouvelles innovations permettant de mieux raisonner les interventions. Pour une entreprise comme la nôtre, il est essentiel de suivre ces évolutions.

 

 

BS : Aujourd’hui que représente la société au niveau de son secteur d’activités ?

 

ED :  Viti Morley est aujourd’hui une entreprise bien implantée dans le paysage des entreprises de services viticoles en Gironde. Notre développement s’est construit progressivement, principalement par le bouche-à-oreille, la confiance des propriétaires et la qualité du travail réalisé sur le terrain. Nous travaillons avec des propriétés aux profils différents, ce qui nous donne une vision assez large des problématiques actuelles du vignoble bordelais. Notre objectif n’est pas nécessairement de devenir une entreprise gigantesque. Nous voulons avant tout rester une structure solide.

 

 

BS :  Pour résumer l’axe de vos activités, dans quels domaines êtes-vous compétents ?

 

ED : Notre cœur de métier reste l’accompagnement des propriétés viticoles dans leurs travaux et dans la gestion opérationnelle du vignoble. Nous intervenons sur différentes étapes du cycle viticole : les travaux de taille, le palissage, les travaux en vert, les travaux du sol, les traitements, les plantations, certains travaux de restructuration ainsi que les vendanges. Nous avons également développé notre capacité à organiser et encadrer les équipes sur le terrain. Notre métier consiste finalement à apporter aux propriétés des compétences, des hommes, du matériel et une organisation leur permettant de réaliser leurs travaux dans de bonnes conditions. C’est cette combinaison entre la compétence technique, l’organisation et la proximité avec le client qui constitue, à mon sens, notre véritable valeur ajoutée

 

 

BS : De nombreuses propriétés, au regard de la crise, diminuent leurs équipes de permanents. Une aubaine pour votre activité ?

 

 

ED : C’est effectivement une évolution qui peut créer des opportunités pour une entreprise comme la nôtre, mais je ne parlerais pas forcément d’une aubaine. La situation actuelle est difficile pour l’ensemble de la filière. Il y a surtout des propriétés qui cherchent à réduire leurs charges et à s’adapter à un contexte économique compliqué. Pour nous, cela signifie que nous devons être capables d’apporter des solutions aux propriétés qui ne souhaitent plus, ou qui ne peuvent plus, conserver certaines compétences en interne.

 

Nous pouvons leur permettre de conserver un haut niveau d’exigence technique tout en ayant davantage de flexibilité dans leur organisation. Mais cela nous impose également d’être très exigeants sur la qualité de nos équipes et sur leur encadrement. Lorsque l’on intervient pour le compte d’une propriété, nous devons être capables de nous intégrer dans son organisation et de travailler avec ses équipes comme si nous faisions partie de la maison.

 

 

BS :  Le vignoble connaît une crise inédite et grave. Comment envisagez-vous l’avenir ?

 

ED : Je pense qu’il faut être lucide : nous traversons une période particulièrement difficile pour la viticulture bordelaise. La crise est profonde. Mais je reste convaincu que Bordeaux possède de nombreux atouts. C’est un vignoble mondialement reconnu, avec des terroirs exceptionnels, un savoir-faire historique et des propriétés qui ont une capacité importante à se réinventer.

 

Pour Viti Morley, cette période doit surtout être une période d’adaptation. Nous devons continuer à maîtriser nos coûts, faire évoluer nos méthodes de travail et surtout rester proches de nos clients. Nous réfléchissons également à l’avenir de l’entreprise au-delà de la seule viticulture. La crise actuelle nous pousse à accélérer notre réflexion sur la diversification de nos activités et à rechercher de nouvelles opportunités de développement. Nous travaillons également sur le développement d’une branche forestière.

 

La problématique est particulièrement intéressante dans le contexte actuel, avec les nombreuses surfaces viticoles qui sont ou seront arrachées. Nous souhaitons pouvoir accompagner la reconversion de certaines de ces terres, notamment à travers des projets de reboisement et de plantation forestière. Nous avons notamment commencé à développer une branche « Espaces et Jardins », destinée à intervenir dans l’entretien et l’aménagement des espaces paysagers. C’est une manière pour nous de regarder la crise viticole sous un autre angle : certaines terres qui sortent aujourd’hui de la production viticole peuvent demain retrouver une vocation agricole, environnementale ou forestière.

 

Notre objectif est donc de construire progressivement un groupe de services autour de nos compétences historiques. Je reste prudent sur les années à venir, parce que la situation du vignoble est réellement préoccupante, mais je ne suis pas pessimiste. Les crises obligent à se remettre en question et à anticiper.

 

 

vitimorley.com

 

Article réalisé par Bernard Sirot.
Journaliste et dégustateur Vintaste
Photos DR

 

 

2 réponses à “La minute marché, avec Edouard Descamps, de Viti Morley”

  1. LOIC BARRIERE dit :

    Bonjour, je suis Loïc BARRIERE, je vis à Shanghai en permanence, si vous avez besoin d’un point de vue et d’une réalité de l’état du marché, je peux me mettre à votre disposition. Cordialement

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