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Carnet de Vendanges Octobre 2019

Premier bilan des vendanges 2019 avec Bernard Sirot, Pascal Hénot, Jean-Christophe Mau, Emilie Contiero et Lionel Gardrat. Photo JB Nadeau et S Labaurie.

 

L’édito de Bernard Sirot : « un millésime attendu qui se cherche », le 24 octobre

Le moins que l’on puisse dire est que le millésime n’ attise pas les commentaires, habituellement plus fréquents à cette époque de l’année…
Plus que jamais il est intéressant d’opposer le verre à moitié rempli par rapport au verre à moitié vide.  Quel que soit les régions de la Gironde, on peut trouver des avis élogieux et d’autres moins optimistes sur la récolte rentrée.

Les raisons sont, à première vue, essentiellement climatiques.
Même si selon de nombreux observateurs, la vigne semble s’accommoder de conditions de sécheresse plus marquées, l’année a été chaude à très chaude…Heureusement les pluies arrivées le 22 septembre ont rendu le sourire au peuple vigneron. Pour beaucoup, les 20 à 30 mm. d’eau ont bien arrangé les choses et donné aux vignerons un regain d’énergie et d’optimisme retrouvé.

Si les volumes seront à la baisse, c’est une évidence, la qualité du millésime sera débattue d’ici quelques mois. Néanmoins on peut déjà avancer que la récolte pour les crémants fin août a été de très belle qualité. Ensuite, les raisins pour la récolte des vins blancs secs, de production réduite et concentrée, permettront de grand vins blancs.  Pour les rouges, les commentaires sont partagés mais nous pensons que la qualité sera globalement au rendez-vous de Libourne à Pauillac en passant par Léognan. Les terroirs filtrants ayant cependant souffert davantage. Les liquoreux, de leur côté, ont connu des épisodes contrastés. Comme toujours le botrytis s’est activé plus rapidement sur Barsac mais la présence de la pourriture aigre et l’absence de vendangeurs en nombre a assombri le bilan général de l’appellation.
Rendez-vous maintenant en mars – avril pour se faire une idée beaucoup plus précise du millésime…

Bernard Sirot, journaliste Echos de Bordeaux, dégustateur Vintaste.

 

Pascal Hénot, Consultant Enosens, « Des Bordeaux de style hémisphère Sud ?», le 24 octobre.

Chaque nouveau millésime est une aventure humaine. A la vigne tout d’abord où, pendant de longs mois, il faut mener la récolte à son terme, en s’adaptant aux contraintes climatiques et en gérant les risques sanitaires. Au chai ensuite, où il faut bien comprendre la matière première afin de la conduire vers son objectif produit. A la jonction de ces deux défis : la date de récolte, essentielle pour cueillir le fruit à sa juste maturité en fonction de ses objectifs.

Le climat du millésime 2019 frais au printemps, caniculaire en été et sec tout au long de l’année empêche le développement des maladies, ainsi à la récolte les fruits sont particulièrement sains. Le stress hydrique entraine des baies de petite taille générant des rendements déficitaires. La maturité est de précocité moyenne avec pour les Merlots une floraison autour du 04 juin, une véraison vers le 09 août est une récolte vers le 25 septembre.
L’année est marquée par une grande hétérogénéité. Tout d’abord du fait du climat froid et pluvieux début juin, perturbant la floraison. Les secteurs les plus précoces fleurissent dans de bonnes conditions, avant les pluies, alors que les secteurs plus tardifs connaissent coulure et millerandage, étalant la maturité et diminuant le potentiel de production. Les pluies, ensuite, très inégalement réparties tout au long de l’année, entrainent des stress hydriques variables selon les secteurs et les sols. Il en résulte une véraison lente avec parfois des blocages et un étalement plus large encore des maturités. Les pluies à partir du 22 septembre, sont les bienvenues. Elles accélèrent la fin de maturation, augmentent les rendements et déclenchent des vendanges généralisées qui s’étaleront du 20 septembre au 10 octobre.
Ce climat 2019  entraine un décalage entre maturités du jus (technologique) et de la pellicule (aromatique et phénolique). La maturité technologique de la plupart des Merlots est atteinte autour de 10 septembre alors que pour la maturité de la pellicule du raisin il faut attendre 10 à 15 jours de plus. Déjà rencontré à Bordeaux lors de millésimes très chauds (1990, 2003), ce décalage se reproduit cette année, comme en 2018. Canicule et stress hydrique entrainent un phénomène de flétrissement qui diminue les rendements et concentre les raisins à la fois en sucres et en acidité. A contrario, la concentration en couleur et la maturité des tanins sont plus difficiles à obtenir. Ainsi la vendange 2019 est caractérisée par de forts degrés, une bonne réserve acide mais un léger déficit en couleur. Cette vendange particulièrement mûre est difficile à fermenter mais facile à extraire, alors que traditionnellement à Bordeaux, les fermentations sont faciles mais l’extraction de la couleur et de la structure délicates.

Le rôle du consultant est ici primordial, pour aider le vinificateur à adapter la vinification aux contraintes nouvelles de ce millésime 2019, qui ressemble davantage à ce que l’on rencontre dans l’hémisphère Sud que traditionnellement à Bordeaux. Bien conduites, les vinifications révèlent des vins mûrs : colorés, aux arômes de petits fruits noirs, avec de belles rondeurs de bouche. Des vins très en phase avec la demande actuelle du Marché ; des vins aptes à relancer les ventes actuellement ‘’timides’’ des vins de Bordeaux. Chaque nouveau millésime est différent et demande un travail adapté mais surtout un grand travail d’observation et de réflexion afin d’en comprendre toutes les subtilités. Là réside tout le secret qui fait de mon métier de consultant un métier passionnant et d’une bouteille de vin, le bonheur du consommateur.
Enosens Coutras

 

Jean-Christophe Mau, vigneron au Château Brown : « plusieurs épisodes de pluie ont relancé la maturité des cépages rouges », le 25 octobre.

Après avoir ramassé nos cépages blancs début septembre, nous avons dû nous armer de patience pour attendre la maturité complète du Cabernet Sauvignon. Heureusement, plusieurs épisodes de pluie ont permis de relancer la maturité des cépages rouges. Nous avons terminé les vendanges des rouges lundi 14 octobre, après trois journées d’une chaleur et d’un ensoleillement exceptionnels (du 11 au 13 octobre). Ces ultimes rayons de soleil sur nos vignes ont énormément apporté aux dernières parcelles de Cabernet Sauvignon. Ce fût donc avec une intense satisfaction que nous avons ramassé des grappes aux rafles et pépins d’une maturité extrême.
Ainsi, la puissance et la concentration des jus de nos Cabernet Sauvignon viendront compléter l’explosion de fruit, la douceur et la fraicheur obtenue des Merlot.

Château Brown

 

Emilie Contiero, vigneronne au Château Bragelone : « Une instabilité climatique croissante », le 22 octobre.

Concernant la climatologie, les anciens parlaient d’une année difficile tous les 10 ans, nous constatons aujourd’hui une instabilité climatique récurrente, les proportions semblent inversées… Il y a eu du gel cette année dans nos vignes, comme en 2017, alors qu’il y avait eu de la coulure en 2018. Il est de plus en plus difficile de mener à  terme une pleine récolte !

Heureusement la qualité du raisin est là avec beaucoup de couleur et des degrés d’alcool qui ne sont pas aussi élevés que ce que l’on aurait pu craindre. Il est très probable que l’on ait un excellent millésime…
Château Bragelone

 

Lionel Gardrat, vigneron au Vignoble des Hauts de Talmont : « Un millésime jaloux », le 11 octobre.

Une toute petite production, le quart d’une récolte normale tant en blanc qu’en rouge. A cela deux raisons, une gelée printanière qui a touché quelques parcelles et surtout la tempête de juin qui a brulé au sens littéral du mot les rangs de vignes proche du rivage…

En revanche, pour les grappes vendangées, une belle matière pour le colombard et surtout le merlot qui affiche un degré raisonnable (13,6) et une belle acidité. Encore une fois l’effet terroir a joué à plein. Les vignes n’ont pas souffert de la sécheresse. La craie du campanien a joué son rôle d’humidificateur. Ne dit on pas que 1 mètre cube de craie peut contenir jusqu’à 400 litres d’eau, surtout lorsque de fines fractures facilitent la circulation du liquide.
Vignoble Les Hauts de Talmont

Une réponse à “Carnet de Vendanges Octobre 2019”

  1. LIO de 33410 dit :

    JOLIE SYNTHESE du millésime2019 pour moi 2 choses à retenir en priorité;
    L’homme n’ est que l’artisan de la nature et la nature sera toujours plus forte que l’homme.
    Dans un millésime comme 2019 le terroir a été essentiel ainsi que la passion de l’homme de terrain qui ne dirige pas depuis son écran ou son bureau
    2019 sera un grand millésime pour les vrais vignerons à BORDEAUX pour les blancs secs rosés et rouges.
    Pour les liquoreux le rôle du sécateur a été essentiel et la connaissance du terrain le meilleur côtoie le pire.
    La rive droite dans les millésime difficile s’en sort beaucoup mieux que la rive droite encore une fois……

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