Accueil / Reportages / Rien ne nous épargne… À commencer par le climat
Alors que les épisodes de froid sont désormais, du moins nous pouvons le penser, derrière nous, la grêle et ses ravages sont déjà de retour. Rien ne sera épargné aux gens de la terre et c’est partout le même problème d’ailleurs. Certes toujours limités géographiquement, les orages de grêle peuvent bien entendu, et ce de manière dramatique, détruire certaines cultures et vignobles et ainsi ruiner un millésime pour certains…
La semaine des Primeurs 2025 s’est terminée dans un climat plus optimiste. En blanc comme en rouge, on peut parler d’un millésime d’anthologie. Du moins, pour une partie de la production car tous les observateurs ne partagent pas un optimisme généralisé. Selon le Président de l’Union des Grands Crus de Bordeaux, François-Xavier Maroteaux, plus de 5 000 visiteurs sont venus déguster à leurs événements, soit 10% de plus que pour le millésime précédent, avec une augmentation du nombre d’étrangers. Acceptons en l’augure…
La famille Tesseron, comme à l’habitude, lance l’offensive en positionnant leur Château Pontet-Canet 2025 au prix de 86,40 € TTC, soit une très légère hausse par rapport au 2024 ( 84 € TTC en primeurs ). Notons que les prix proposés sur les primeurs 2023 étaient de 92 € et de 126 € sur le 2022…. Désormais, l’attente est donc générale, aussi bien chez les négociants et acheteurs que chez les producteurs qui sont bien entendu dans l’expectative la plus totale… Je pense cependant que le mécanisme des Primeurs qui consistait à des investissements spéculatifs , a du plomb dans l’aile… Qui achèterait encore en primeurs des vins qui se retrouveront quelques années plus tard moins chers ? C’est bien ce qui se passe pour le moment avec les millésimes plus anciens. Sans oublier que le négoce va bien devoir vendre notamment les millésimes 2024 et 2023 achetés bien chers… À quel prix vont-ils déstocker ? Et pour terminer ce schéma inquiétant, que feront les banques chargées de financer les achats en propriétés… Toutes ces questions sont bien entendu capitales pour l’avenir de la filière.
Et, pendant ce temps, les arrachages de vignes continuent pendant que certaines en friches posent beaucoup d’inquiétudes aux voisins. Néanmoins, des plantations apparaissent également, et pas qu’en blanc dans le Médoc, qui découvre aujourd’hui tout l’intérêt d’une production variée. Dans cette région, on renoue donc avec un passé lointain, remontant à l’entre-deux-guerres, où l’on trouvait bien plus de vins blancs qu’aujourd’hui dans cette région. A l’époque, ils étaient appellés selon leurs prestigieux villages de production : « Saint-Julien blanc », « Pauillac blanc » où encore « Margaux blanc »… Une révolution s’annonce donc et pas qu’en Médoc puisque le Libournais tend à prendre le même chemin…
En dernière minute, une information intéressante vient de tomber en ce 6 mai… Elle présente une solution éventuelle qui pourrait soulager beaucoup de producteurs bordelais. Après l’arrachage de plus de 30.000 hectares de vignes en Gironde et ce n’est pas fini, les instances professionnelles et régionales viennent de créer une foncière pour essayer de désendetter le vignoble, de recapitaliser la filière et de permettre à beaucoup d’assurer leur devenir.. Faut-il maintenant que cet outil expérimental fasse la démonstration de son efficacité, rien n’est bien entendu encore gagné. “Wait and see” en l’occurrence et plus d’explications le mois prochain…
Il est incontestable que le monde bordelais du vin bouge et il est plus que temps s’il veut s’adapter au monde actuel et réussir le virage délicat d’une évolution devenue indispensable…
Bernard Sirot
Journaliste et dégustateur Vintaste

(c) JB Nadeau – Domaine de Chevalier 2026
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