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Le château des Annereaux existe depuis au moins 1390 — date des écrits les plus anciens attestant de la présence des ancêtres de Benjamin Hessel sur ces terres de Lalande de Pomerol. Six siècles de même lignée, une longévité rare, même dans le Bordelais.

Benjamin Hessel ne se destinait pas à reprendre le domaine familial. Après des études de commerce, c’est vers l’entrepreneuriat qu’il se tourne, créant une société dans l’immobilier et s’installant à Paris pendant sept ans. Mais la réflexion chemine. « J’ai fait mon chemin personnel, sans la moindre pression du côté de mes parents », dit-il simplement. Ce chemin le ramène aux Annereaux en 2013, où il rejoint son père avant de prendre seul la tête du domaine en 2016.
Ces trois années de transmission sont décisives. « J’ai appris auprès de mon père 90 % du métier. » En parallèle, il complète sa formation à l’ISVV, en suivant le DUAD et un Diplôme Universitaire d’Initiation à l’Oenologie — et où il croise la route d’un certain Axel Marchal, enseignant qui s’apprête à prendre la suite de Denis Dubourdieu comme consultant. « Il a été mon professeur au DUAD. Je suis fier d’avoir été la première propriété qu’il ait conseillée. »
En 2026, Benjamin Hessel fête ses dix ans à la tête des Annereaux. Une décennie au cours de laquelle le métier a, selon lui, « énormément changé » : il implique désormais d’être tout à la fois chef d’entreprise, stratège, climatologue et, toujours, vigneron.
Vingt-cinq hectares entièrement conduits en agriculture biologique puisqu’en 2007 le père de Benjamin compte parmi les premiers vignerons bordelais à engager la conversion, obtenant la certification en 2010. « C’est avec plaisir que j’ai poursuivi dans cette voie », confie le fils, qui ajoute également son empreinte : plantation d’arbres, de fruitiers, installation de 140 nichoirs à oiseaux et 50 nichoirs à chauve-souris pour protéger naturellement les vignes du ver de la grappe. Une démarche à la fois technique et philosophique car « c’est à nous, agriculteurs, qu’il appartient de recréer un écosystème. » En 2023, le château passe une étape supplémentaire en obtenant la certification B Corp, qui englobe impacts environnementaux et sociétaux.
À la vigne, l’encépagement reste classique — 70 % de merlot — mais évolue sous la pression du changement climatique, avec une part croissante de cabernet sauvignon et de cabernet franc. Au chai, les travaux réalisés en 2014 — cuvier entièrement refait, trieuses, bennes vibrantes permettant d’acheminer les raisins par gravité directement dans les cuves — ont posé les bases d’une viticulture plus précise et plus respectueuse de la matière première. Aux côtés d’Axel Marchal, dont l’expertise marie, selon Benjamin, « recherche, terrain et un palais extraordinaire », le domaine a « franchi un vrai cap » dans l’exigence.
L’ambition vinificatrice tient en un mot que Benjamin Hessel répète volontiers : l’équilibre. « C’est le mot magique, l’équilibre dans le vin : c’est ce qui me guide. » Extractions douces, petits volumes de remontage, élevage avec seulement 25 % de bois neuf et un foudre de 50 hectolitres pour préserver le fruit et apporter de la complexité. Des vins ronds, fins, souples — des Lalande qui, dit-il, « réconcilient souvent les non-Bordelais aux vins de notre région. » Un idéal hérité de son père qui lui conseillait : « Ne sois jamais à la mode, parce qu’un jour tu ne le seras plus. Si tu es honnête dans ton travail, fidèle à ton produit, tes clients s’y retrouveront. »
Derrière la table de dégustation, Benjamin Hessel vise une forme d’effacement : que le dégustateur à l’aveugle ne trouve pas le nom du vigneron, mais celui du terroir. Intervenir le moins possible, et trouver le juste équilibre. C’est toute sa philosophie.
La gamme s’est aussi étoffée : aux premiers et seconds vin de Lalande de Pomerol s’ajoutent des cuvées issues de deux hectares en appellation Bordeaux assemblés avec des jus achetés via une petite structure de négoce permettant de proposer des vins accessibles, vendus moins de 10 euros. Des « vins de Bordeaux simples » pour toucher un public plus large sans renier ses exigences.
La distribution des vins du domaine, elle aussi, a été repensée. Autrefois assurée à 80 % par la Place de Bordeaux, elle s’est rééquilibrée vers un réseau de cavistes français, atteignant aujourd’hui un rapport 50-50 avec le choix assumé d’être « plus en direct et plus local ».
Pour autant, les difficultés du secteur ne sont pas absentes du tableau. « On va de crise en crise. En plus des difficultés commerciales, cela fait six ans que l’on perd la moitié de la récolte en raison du gel, de la grêle ou encore de la canicule. » Benjamin Hessel déplore la lenteur des appellations à mettre à jour leurs cahiers des charges pour permettre aux vignerons de mieux se protéger face à ces aléas.
Dix ans après avoir pris les rênes des Annereaux, Benjamin Hessel n’entend pas ralentir. Plusieurs axes guident ses projets : continuer à progresser dans le détail et la précision à la vigne comme au chai, développer la structure de négoce et proposer de nouvelles cuvées, des petites cuvées spécifiques pour répondre à certaines demandes du marché — sans céder aux sirènes de la désalcoolisation, qu’il juge contradictoire avec ses engagements en bio. « Désalcooliser, c’est façonner le vin puis le transformer : ça va à l’encontre de tout ce qu’on fait. » À l’export aussi d’autres horizons plus lointains se dessinent, notamment vers les États-Unis, marché sur lequel le château souhaite renforcer sa présence.
Pour les dix prochaines années au moins, Benjamin Hessel entend poursuivre avec la détermination et l’envie de celui qui a choisi son chemin librement.
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