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Perspectives du millésime 2009

Info Primeurs2009, le millésime du siècle ? Par Franck Dubourdieu (Extraits)

Depuis que j’écris ces chroniques viticoles des millésimes bordelais – depuis un certain temps ! – je n’ai jamais eu autant d’émotion et d’allégresse à coucher par écrit ce que les vignerons ont vécu en 2009.

A en juger par la climatologie et en conséquence par le comportement de la vigne, on esquisse immédiatement des rapprochements entre 2009 et les deux autres grands millésimes solaires de ce siècle : 2005 et 2000. Tant vantés que furent ces derniers à leur avènement, tout exceptionnels dans leur promesse qu’ils soient aujourd’hui, 2009, par une conjonction incroyablement favorable des fluctuations climatiques avec le cycle physiologique de la vigne, pourrait être le millésime de ce début de siècle…
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…On entame septembre puis octobre comme un second puis un troisième mois d’août ! Il faut tout simplement remonter à 1961 et 1945 (voir extraits d’archives publiés dans le tome I – 1945 – 2000 – de « L’air du temps » par le bureau de courtage Tastet-Lawton aux Editions Confluences) pour retrouver de telles conditions en fin de millésime et tout spécialement en septembre et octobre. Le bilan climatique de septembre n’a rien à envier à celui du mois précédent avec une insolation record (+30%/N), des températures supérieures à la normales (17j > 25°, 9j > 30 !) et une grande sécheresse (- 45%/N) ponctuée les 15, 18, 19 et 20 par des orages providentiels (entre 50 et 200 mm selon les endroits, plus intensément rive droite) pour finir en beauté la maturation des raisins. Cerise sur le gâteau bordelais on assiste à un mois d’octobre d’anthologie avec 8j > 25°C et très peu de pluie, pour le finish des cabernets et la super-concentration de la pourriture noble en liquoreux.

Dans une ambiance déjà euphorique, on commence les blancs secs le 31 août à Laville Haut Brion, puis la récolte se généralise dans la sérénité, sans la pression omniprésente de la pourriture grise de 2007 et 2008. Elle se termine mi septembre sans que les pluies survenues à cette époque nuisent, a priori, à la qualité des crus les plus tardifs. Dans les terroirs de merlot les plus précoces, on commence à cueillir le 9 septembre à La Mission Haut Brion, le 14 à Pétrus. Les pluies orageuses à partir du 15 perturbent la cueillette, diluent peut-être un peu, mais n’altèrent en rien l’énorme potentiel des raisins. Alors que par endroits la maturité piétine sous l’effet d’un mois de quasi sécheresse, cette humidité, encore providentielle, lui donne de progresser à nouveau pour finir des merlots superbes récoltés par un temps de rêve : chaud le jour et frais, voire très frais la nuit. Un détail qui aura son importance dans l’équilibre des vins et leur raffinement aromatique. Les cabernets progressent, les plus précoces sont rentrés début octobre. L’influence saharienne prévaut jusqu’au 20, avec des vents d’est et de nord asséchants qui concentrent mais bloquent un peu l’évolution. Il suffisait d’attendre pour atteindre la maturité parfaite des pépins car ces conditions incroyables laissent le loisir d’étaler la récolte.

Les producteurs s’enthousiasment d’avoir récolté partout une telle qualité de raisins rouges et ils alimentent, à juste titre, nos boîtes mail de messages dithyrambiques. Partout, sur chaque rive, on chante la grandeur de 2009. Comment en douter en regard de la climatologie et de ses conséquences immédiates sur la qualité potentielle des raisins.

Résumons :
– Un été chaud mais pas caniculaire, occasionnant un stress hydrique continu mais relativement modéré. La vigne a souffert, il le faut, mais pas trop sinon elle se bloque et le raisin n’évolue plus.
– Une arrière saison historique pour mûrir et concentrer le raisin, surtout les cabernets, comme le bordelais n’en a pas connu depuis 1961 et 1945. A noter que ces deux millésimes ont été durement gelés, en mars pour le premier et le 2 mai pour le second, d’où des rendements historiquement bas (<10 hl/ha) ce qui explique l’énorme concentration des vins et, pour certains, leur quasi-immortalité.
– Des nuits fraîches favorables au repos de la plante et à sa réhydratation par le feuillage (condensation)
– De l’eau au bon moment mi-août et mi-septembre en quantité modérée
– Un état sanitaire parfait – la table de tri, à la mode dans tous les cuviers ou presque, n’était d’aucune utilité ! – qui communiquera une grande pureté des arômes et de la flaveur.
– Des rendements normaux (30 à 50hl/ha), sinon modérés ou très bas pour les crus grêlés, inférieurs en moyenne à ceux de 2005 et 2000. Ce paramètre est capital car à 50 hl/ha on ne fait pas le même vin qu’à 40 ou même qu’à 30, surtout lorsque le terroir n’est pas au sommet de la hiérarchie.
2009 devrait dépasser en rouge le niveau de ses deux aînés avec sûrement une réussite mémorable des cabernets qui se sont concentrés comme jamais en octobre sous l’effet du souffle saharien. En tout état de cause il aura ce profil historique des grands millésimes solaires réussis (25% depuis 1988), ceux qui restent dans la mémoire et longtemps dans les caves des amateurs : 2005, 2000, 1989, 1982, 1961, 1959, 1955, 1953, 1949, 1947, 1945.

L’effet marketing de 2009
est déjà considérable, il s’est lentement amplifié au fur et à mesure que la récolte approchait, démultiplié par la mondialisation de l’information. Il aura l’heur de plaire immédiatement et au plus grand nombre par le goût que va communiquer sa constitution : un degré élevé (14 à 15°) dont l’effet de douceur, de « sucrosité », sera accentué par une acidité normale sinon basse ; des tannins denses, épais tout en étant souples, veloutés, suaves, donc sans agressivité ; beaucoup de matière, du gras, du volume donnant une forte présence en bouche et une longue persistance avec en exergue un fruit éclatant autant que raffiné (pureté). Tous les ingrédients sont réunis pour satisfaire le client un peu pressé tout comme l’amateur patient soucieux de laisser vieillir cette magnifique promesse. Les prix ? Tout porte à croire qu’ils seront élevés, sauf nouvel effondrement boursier. Comme ceux de 2005 ? Au-dessus peut-être si les prémices de qualité évoqués se vérifient pour des volumes mis en marché peut-être inférieurs.
Vous pourrez toujours vous contenter de très beaux millésimes océaniques antérieurs (75% depuis 1988) délaissés dans le contexte du marché mondialisé. Des vins pour amateur (européen!) demandant de la bouteille pour s’amadouer mais pouvant offrir à moindre coût un grand raffinement, tels 2004 ou 2006
(voir les dégustations et notations dans les derniers N° du magazine Bordeaux-Aujourd’hui).

Les grands liquoreux du sud-ouest de Bordeaux (Cadillac, Cérons, Loupiac,Barsac et Sauternes, Sainte-Croix du Mont) sont aussi de la fête. En réponse au gel, à la coulure de 2008 et à des rendements ridicules, la nature s’est rattrapée, offrant à la fois abondance (parfois jusqu’au maximum autorisé : 25hl pour Sauternes et 40hl pour les autres) et qualité supérieure. Dans la mémoire vigneronne, seuls deux millésimes, depuis un siècle, associeraient autant ces deux vertus : 1990 et 1893 ! A partir du 10 septembre, des brouillards matinaux timides lancent le développement du botrytis sur un raisin parfaitement mûr et sain. Les orages du 19 et 20, si bienfaiteurs pour les rouges, rende
nt les brouillards plus denses et tenaces, parfois jusqu’à la mi-journée. « C’est un véritable cas d’école » déclare un propriétaire. La pourriture noble progresse rapidement et les baies, ainsi colonisées en surface, se concentrent à la faveur du soleil et des vents de sud-est. Les vendanges se généralisent en fin de mois et vont bon train (3 à 4 « tries ») jusqu’à la fin du mois d’octobre dans des conditions totalement légendaires (25 à 30° le jour ! et 10° la nuit). Le coeur de la récolte se situe entre le 1er et le 15 octobre, entre le 1er et le 7 à Yquem avec trois passages (« tries ») successifs tant la concentration galope. Les grappes présentent plus ou moins tous les stades de l’évolution de la pourriture noble : des baies dorées encore intactes jusqu’à celles noblement pourries, desséchées, presque flétries, en passant par le « pourri-plein » avec des baies rose-clair puis rose-foncé, puis marron. Cet heureux amalgame sur la même grappe donne au vin, outre son volume (relatif par rapport aux rouges), sa richesse (22° B à Yquem de moyenne, 23°B à Doisy-Daëne), sa densité, sa profondeur et cette incroyable complexité aromatique des millésimes exceptionnels.

A l’instar des vins rouges, les vins liquoreux de 2009 – et pour eux on en est certain – vont avoir le panache des millésimes légendaires.

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