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Portrait d’actrice : Anne-Laurence Chadronnier

 

 

Anne-Laurence Chadronnier, Château Marsau, Francs

 

 

Photos Jean-Bernard Nadeau – Texte Frédérique Nguyen Huu – Vidéo Mathieu Anglada – Montage Arnaud Fleuri

 

 

GIRONDE (33) FRANCS, ANNE-LO CHADRONNIER, PROPRIETAIRE DU CHATEAU MARSAU, COTES DE FRANCS // FRANCE, GIRONDE (33) FRANCS, ANNE-LO CHADRONNIER FROM CHATEAU MARSAU, COTES DE FRANCS

 

Anne-Laurence Chadronnier est née en Bretagne. Elle grandit dans cette région qui « l’accompagne encore beaucoup, se retrouve dans (s)on caractère, (s)a sensibilité aux paysages et éléments » et, peut-être même jusque dans la salinité minérale de certains de ses vins…

 

Bonne élève, elle arrive à l’âge des choix sans vocation précise, mais avec l’envie « d’exercer un métier en lien avec la terre, quelque chose qui donne du sens à la vie. » Elle intègre l’École Supérieure des Agricultures d’Angers. « Un peu au hasard, sur les conseils d’une élève de la précédente promotion, » elle opte en troisième année pour une spécialisation en viticulture.

 

 

 

 

Le Choix du Vin

 

Sans être issue du milieu viticole, le vin fait partie de son univers familial : Avec un grand-père paternel marchand de vin, et des parents amateurs bons vins. Le choix de cette spécialisation se vit comme une révélation : « Je suis tombée amoureuse de la vigne. » Vient, en quatrième année, une orientation vers l’œnologie et la découverte qu’elle apprécie même la chimie — dès lors qu’elle lui trouve une application concrète.

 

Nouveau hasard. Sous la forme d’un magazine trouvé dans un train et d’un article sur l’émergence des vins chiliens qui lui ouvre de nouvelles perspectives. Or, son école inaugure un partenariat avec l’université de Santiago. Ce concours de circonstances lui permet de s’envoler pour l’Amérique latine en 1999.

 

 

 

 

GIRONDE (33) FRANCS, ANNE-LO CHADRONNIER, PROPRIETAIRE DU CHATEAU MARSAU, COTES DE FRANCS // FRANCE, GIRONDE (33) FRANCS, ANNE-LO CHADRONNIER FROM CHATEAU MARSAU, COTES DE FRANCSLa rencontre avec Bordeaux

 

De retour en France, la jeune ingénieure effectue un stage dans une maison de négoce bordelaise. Prenant alors conscience de sa nette préférence pour la production., elle choisit de revenir vers la terre et s’inscrit à la Faculté d’Œnologie de Bordeaux. Au cours de ces années, elle rencontre son futur mari, Mathieu — un Bordelais, lui aussi passionné de vin.

 

Son mariage l’ancre dans cette région où elle débute sa carrière comme directrice technique dans le Médoc. « Un vrai challenge » pour celle qui affirme avec le recul qu’il aurait parfois été plus simple de commencer dans les rangs pour se forger un savoir-faire de terrain. » Après quatre années très enrichissantes à ce poste, elle se heurte avec la naissance de son premier enfant, à la difficulté de concilier poste exigeant et vie de mère ?

 

Elle choisit de s’accorder du temps avec son fils, « mais n’y trouve pas son équilibre » C’est pourquoi elle accepte une nouvelle opportunité : une mission à Château Palmer aux côtés de Thomas Duroux. « Il a toujours cru en moi. Ça m’a beaucoup aidée et donné de la force, » indique-t-elle en évoquant les deux années extrêmement formatrices passées dans ce prestigieux domaine de Margaux qui conduit alors de grands travaux de restructuration.

 

 

 

 

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En 2012, son beau-père leur propose de reprendre Château Marsau. « Avec Mathieu, nous nous lançons dans l’aventure. » Changement de décor. avec cette nouvelle implantation. Marsau, c’est dix hectares de merlot sur argile, entouré de bois, à l’opposé du cabernet sauvignon sur graves qu’elle travaillait auparavant. À l’écart des autres appellations bordelaises et loin des conventions, d’emblée, ce domaine des Francs-Côtes-de-Bordeaux situé aux confins de la Gironde et de la Dordogne la séduit.

 

Dans un premier temps, elle intervient uniquement sur les vins, insufflant une direction nouvelle : des tanins soyeux, de la fraîcheur. En 2018, ils reprennent l’ensemble du domaine, vignes comprises et décident de passer en agriculture biologique. La raison est d’abord humaine. « Si je mets du cuivre, je sais ce que je mets, je sais qu’il n’y a pas de danger pour l’humain. »

 

Avec le merlot, « cépage capricieux, très sensible au mildiou » le passage en bio s’avère un défi redoutable. En 2018, 80 % de la récolte est perdue. En 2023, 95 % — les vendanges se font grain par grain, comme en Sauternes. « Ces deux épisodes ont été très douloureux et illustrent à quel point ce métier de passion peut se retourner contre vous. Pourtant, on ne reviendra jamais en arrière. On aime faire du vin, on s’accroche. C’est une bataille compliquée, un combat de chaque instant. »

 

 

 

Repenser l’approche des sols

 

Ces épreuves l’incitent à repenser entièrement son approche des sols. Travaux de conservation, abandon du labour pour laisser les micro-organismes travailler. « L’idée est d’intervenir le moins possible pour préserver les sols, limiter l’érosion et l’oxydation. » Cette agriculture douce se retrouve dans le verre. « L’agroécologie et le non-labour donnent des vins plus identitaires, permettent de mieux ressentir tous les minéraux captés par la vigne. »

 

Peu d’extraction, recherche de douceur et d’’énergie à la fois, au chai, la philosophie est cohérente avec la conduite du vignoble. « Les merlots sur argile donnent des vins structurés. Derrière, on instille de la rondeur. » L’élevage évolue. En 2018, ils acquièrent un foudre de 30 hectolitres puis passent à 100% d’élevage en foudre dès 2022. Une décision nourrie par de nombreuses dégustations, un faible pour les vins italiens — Brunello, Barolo — et l’envie de s’affranchir de la tradition de la barrique. Le foudre atténue le boisé. Il confère une patine, un parfum subtil qui complexifie sans aromatiser.

 

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Le vin de prairie

 

À quelques mètres de Marsau, séparé par une unique route, se trouve le lieu-dit Prairie. Autrefois intégré au domaine, il subit le gel de 2017 puis de fortes pertes en 2018. En 2019, il affiche une renaissance inattendue. « Les vignes étaient très belles, elles me faisaient comme un clin d’œil. » En parcourant les rangs, Anne-Laurence comprend que Prairie n’est pas Marsau.

 

Les paysages l’indiquent. Là où Marsau déploie un univers de chênes et châtaigniers, Prairie s’ouvre sur une forêt de pins et une lande de chaque côté. Naît alors un autre vin, différent dans l’esprit. « Un vin de copains, plein de fraîcheur. Un brut de cuve décomplexé. Marsau est un vin cérébral, Prairie est joyeux. »

 

 

 

La vie est belle

 

« On travaille avec nos mains, nos jambes, notre odorat et notre goût — autant d’éléments irremplaçables. En ces temps où la société et le monde vont très mal, on exerce un métier qui a beaucoup de sens, porté par la valeur d’un travail artisanal qu’on ne pourra pas remplacer. » Aujourd’hui, Anne-Laurence Chadronnier envisage son métier comme d’un acte de résistance.

 

 

Ni les difficultés actuelles, ni le recul de la consommation ne la font dévier. « Je crois qu’on fait du vin pour susciter le partage et la convivialité. Nous sommes des résistants face à la morosité ambiante ! Avec le vin, nous affirmons que la vie est belle. Nous aidons la société à retrouver le goût de la terre puisque la vie vient de la terre et que le vin la transmet. »

 

 

 

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