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La minute marché, avec Luc Heurtebize

Rencontre avec Luc Heurtebize, assureur, acteur et observateur patenté du vignoble de Bordeaux.

 

Charentais d’origine, de Matha pour être précis, « je suis né entre deux pieds de vignes » aime t’il plaisanter. il a tout d’abord évolué dans le monde du voyage en tant que directeur commercial des 54 agences de voyages du groupe Sud-Ouest avant de reprendre à Cadillac, en 1993 ,une petite agence d’assurances, devenue depuis, importante, sous le label Gan… Très imprégné de la culture locale et d’une économie dynamique dont il est un des leaders il n’en reste pas moins un interlocuteur inquiet d’une situation économique qui ne cesse de se détériorer.

 

 

Bernard Sirot : Nous vivons, en cette fin février, une situation de catastrophe climatique unique et dramatique. Les implications sur le vignoble sont multiples ?

 

Luc Heurtebize: Les viticulteurs, essentiellement du Sud-Gironde, n’avaient évidemment pas besoin d’une telle catastrophe. Les inondations des bords de Garonne et probablement d’une partie de la zone du bassin de la Dordogne vont poser de nombreux problèmes à beaucoup. Cependant, une fois l’eau repartie, il faudra pouvoir avoir accès aux vignes, travailler les sols et le vignoble. De plus, de nombreux objets multiples ont amerris dans les vignes avec les courants d’eau aller-retour vu les marées parfois violentes. Cette situation, abimant notamment le palissage, va provoquer un surcroit d’heures de travail très important avec le coût financier qui en découle. Sans oublier que pour certains, les vignes ne seront pas accessibles avant plusieurs semaines vu l’eau et la boue…C’est donc extrêmement préoccupant.

 

BS : Quel sera l’apport des assurances sur ce nouveau cataclysme climatique ?

 

LH : Les contrats mutirisques climatiques ne garantissent que les pertes de récolte. Ils n’interviennent pas sur les dommages de l’outil de production. Ils n’ont donc aucun effet en situation d’inondations.

 

BS :  Dans moins de deux mois, alors que le débourrement de la vigne risque d’être précoce vu les températures, la vigne va se trouver, comme chaque année, en situation difficile vu les risques de gel. Comment s’ assurer dans une telle situation ?

 

LH :  Les viticulteurs savent tous ce que sont les trois risques principaux concernant la culture de la vigne. La grêle, la gelée et la sécheresse. Comme chaque année, le débours de la vigne au mois d’avril est toujours un moment délicat pour tous les exploitants. Jusqu’aux saints de glace, du 11 au 13 mai, les risques sont réels. Du fait de la situation actuelle, je conseille en général et bien évidemment en fonction de la situation des viticulteurs, de mieux assurer les vignes en blanc plutôt qu’en rouge. La raison est simple, les vins blancs sont aujourd’hui plus demandés que les rouges qui engorgent dans les chais.

 

 

BS : Le dérèglement climatique apporte chaque année, essentiellement l’été, son lot de tempêtes, d’orage et de chutes de grêles ?

 

LH :Effectivement, la grêle reste en Gironde un risque majeur. Aujourd’hui un très grand nombre de viticulteurs préfèrent s’assurer en priorité contre la grêle. Mais dans une situation permettant une garantie bien plus intéressante et sans avoir à recourir à la déclaration de récolte. En effet, le contrat Multi Risques fait l’obligation de devoir fournir malheureusement les 5 dernières déclarations de récolte. Celles-ci tirant vers le bas ces dernières années, la moyenne quinquennale s’en ressent fortement. Notons que sont écartées de cette moyenne la meilleure et la pire année de production.

 

 

BS :  Vous avez participé dernièrement au salon Wine Paris. Qu’en tirez-vous comme enseignement ?

 

LH : Chaque année, je me déplace volontiers à cette nouvelle manifestation professionnelle importante. J’y vais pour y rencontrer brièvement mes clients, une quarantaine y sont présents, mais aussi pour ressentir l’ambiance générale et croiser des vignerons venant d’autres régions. En février dernier, Wine Paris n’avait absolument rien à voir avec l’édition précédente. Un certain optimisme et un frémissement étaient palpables. Outre que ce salon bénéficiait de 20% d’exposants supplémentaires un grand nombre de visiteurs circulaient dans les allées et les exposants avaient bien souvent le sourire .

 

 

BS : Au regard de votre expérience et de vos contacts, comment voyez-vous l’avenir du vin et en particulier celui de Bordeaux ?

 

LH : Difficile de répondre à cette question. J’espère cependant que nous sommes aux termes d’une situation économique qui n’arrête pas de se détériorer. En général, une telle situation est multi factorielle. Notre situation en Gironde n’échappe pas à la règle. L’important plan d’arrachage et une nouvelle campagne de distillation ne seront effectivement pas suffisant pour sauver l’économie viticole régionale. Il faut que Bordeaux se réinvente, c’est une nécessité absolue. Malgré l’immérité « Bordeaux bashing », le vignoble continue de bénéficier d’une image incroyable. Tant en France qu’à l’étranger, partout où je vais, j’entends dire que notre vignoble est unique au monde. Place aux gens du marketing et de la communication pour redynamiser les appellations, les moderniser tout en conservant la tradition séculaire…Faire des vins de Bordeaux un vin du XXI siècle est une nécessité absolue, en commençant par les jeunes générations, et notamment avec le « train » du Claret qu’il ne faut pas louper !

 

 

BS :  Que pourriez-vous conseiller aux vignerons qui sont vos clients ?

 

LH : La difficulté actuelle de mon métier est d’allier conseil avec manque de trésorerie ! Chaque cas étant différent, mon métier est d’adapter mon conseil. L’adhérent d’une cave n’a pas les mêmes besoins de garanties que le grand cru classé. Mais je conseille toujours de se poser la question en cas de sinistre : « à quel niveau de perte, l’assureur doit il prendre le relais ? ». L’exploitant constate alors parfois une baisse des montants de ses primes d’assurance. Par ailleurs, nous sommes dans une période où il ne faut pas hésiter à vendre. Mais pour cela, il faut se prémunir des factures impayées. Ce contrat est primordial pour démarcher sereinement.

 

 

BS: Soucieux de l’économie régionale du Sud-Gironde, vous êtes très présent dans les instances de la région.

 

LH : Être en amont de l’information est, entre autre, très important pour déterminer l’avenir de son entreprise. J’ai donc effectivement l’honneur de siéger au Conseil d’Administration du Medef Gironde. Par ailleurs, je préside depuis presque 10 ans l’association « DEUX RIVES, LE CLUB DES ENTREPRENEURS » . Fédérant 120 entrepreneurs entre La Brède et Bazas, nous leurs proposons 25 évènements chaque année. Mais ils bénéficient aussi de nos relations ( et parfois de la pression…) auprès des élus locaux.
Pour terminer mes actions extérieures, je prends toujours beaucoup de plaisir à intervenir auprès des ODG, lorsque l’actualité l’impose ainsi qu’à la faculté de droit pour laquelle j’interviens chaque année auprès des étudiants en 5ème année du master de la vigne et du vin.

 

 

BS: Une éthique de vie ?

 

LH : J’essaie modestement , selon mes moyens, de rendre à la vigne ce qu’elle m’a apporté depuis tant d’ années !

 

 

Plus d’infos

 

Article réalisé par Bernard Sirot.
Photos DR
Journaliste et dégustateur Vintaste

 

 

 

 

 

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