Accueil / Portraits d’acteurs / Portrait d’actrice : Laure de Lambert Compeyrot

À la tête du Château Sigalas Rabaud, Laure de Lambert Compeyrot préside aussi la Route des vins de Bordeaux en Graves et Sauternes. Entre transmission familiale, œnotourisme et mobilisation collective, elle raconte un vignoble qui se réinvente autour du vin et au-delà.
Laure de Lambert est bordelaise par ses deux parents, tous deux issus de familles de producteurs. Elle aime à dire qu’elle est « née dans une barrique ». Pourtant, rien dans son enfance ne la destinait directement au vin : elle grandit loin de cette histoire, ne venant dans le Bordelais que pour les vacances, « dans les vignes avec mes grands-pères ». Devenue étudiante, c’est même un tout autre secteur qu’elle choisit d’abord, puis monte sa propre société au début de sa carrière.
À 35 ans, tout change. Se sentant comme « rattrapée par ses racines, » elle décide de reprendre des études, d’abord à l’Institut Agro de Montpellier, puis à la faculté de Bordeaux. Cette formation la prépare à reprendre Sigalas Rabaud, le domaine familial. « J’ai très vite compris que le contexte était compliqué. » La propriété doit se diversifier. Elle revoit son modèle économique, construit une gamme de vins plus large et ouvre le domaine au public en développant une offre œnotouristique. Une ouverture des plus naturelles : « nous avons toujours eu l’habitude de recevoir et de partager, nous l’avons simplement élargie au plus grand nombre. »
À Sigalas Rabaud, l’accueil s’est structuré peu à peu. La chartreuse du domaine a été rénovée pour devenir une chambre d’hôtes, et une offre de dîner a vu le jour. Un mouvement qu’elle observe également chez ses voisins.
La Route des vins de Bordeaux en Graves et Sauternes
« Au fil des années, nous avons été de plus en plus nombreux à ouvrir nos domaines et nos maisons. » Pionnière de l’œnotourisme dans la région et forte de cette expérience, Laure de Lambert Compeyrot prend, peu après sa création, la présidence de la Route des Vins de Bordeaux en Graves et Sauternes, une association qui réunit aujourd’hui plus de 100 sites entre châteaux, restaurateurs, hébergeurs, mais aussi châteaux patrimoniaux et loisirs répartis sur trois appellations : Pessac-Léognan, Graves et Sauternes.
Pour elle, cette diversité est une richesse en soi. Elle se déploie aussi bien dans les expériences proposées que dans le profil des propriétés, du grand cru classé au petit domaine familial. Les visiteurs viennent y chercher un quotidien, pas seulement une dégustation : « ils viennent vivre de beaux moments dans nos maisons », dit-elle, en évoquant le tracteur qui tourne, la promenade matinale dans les vignes et le petit-déjeuner qui réunit des « wine lovers » venus des quatre coins du monde. L’idée est aussi de transmettre un savoir, en démystifiant la dégustation pour en faire « une expérience de découverte authentique et intéressante. »
« Même si le sujet est passionnant, on va bien au-delà des questions techniques de fermentation et de levures », précise-t-elle. La Route se veut œno-culturelle : elle raconte la manière dont les domaines évoluent, comment les familles restent ancrées, comment de nouveaux acteurs s’installent et s’inscrivent à leur tour dans ce territoire. Elle embrasse aussi tout un patrimoine, qu’il soit bâti ou culturel.
Au-delà des châteaux clémentins édifiés par le pape Clément V pour les membres de sa famille — Roquetaillade, Fargues, Villandraut — ou des bastides anglaises et des marchés qui ponctuent le territoire, la Route multiplie les propositions : balades en trottinette, dégustations en cime d’arbre, et chaque année de nouvelles idées qui viennent enrichir cette palette. Des paysages spectaculaires, des expériences qui vont du haut de gamme à la plus authentique simplicité, et, dans le sud-Gironde, une gastronomie au cœur de tout : deux restaurants étoilés à Sauternes, mais aussi une brasserie et une guinguette
Répondre aux difficultés du secteur par le collectif
Laure de Lambert Compeyrot ne masque pas la réalité : le vignoble bordelais traverse une période difficile. Mais elle préfère insister sur la mobilisation qu’elle observe autour d’elle. « Il y a beaucoup de gens qui se mobilisent et qui trouvent des solutions », souligne-t-elle, et la Route en est, à ses yeux, l’illustration la plus convaincante face à la baisse de la consommation comme au « Bordeaux-bashing ».
Sa conviction tient en une formule simple : être ensemble. Une centaine de domaines, très organisés, où Yquem et son « offre magique » côtoient des sites plus modestes, des petits domaines. Chacun a une histoire différente à raconter et toutes valent la peine d’être découvertes.
Cette organisation n’est pas née du hasard. « Dans nos appellations, nous avons été les premiers à souffrir de la crise, on s’est organisés avant les autres appellations », rappelle-t-elle. Un temps d’avance regardés avec intérêt par d’autres territoires du Bordelais qui s’en sont inspiré pour se fédérer à leur tour et montrer, collectivement, la réalité d’un vignoble qu’elle décrit comme beau et vertueux, travaillé par des vignerons attachés à leur terroir, soucieux de le préserver et de le transmettre.
C’est cette même énergie qu’elle entend porter aujourd’hui dans ses nouvelles fonctions de conseillère municipale en charge de la filière vin à la mairie de Bordeaux : « aller de l’avant et avancer en montrant tout ce qu’il y a de positif dans notre secteur. »

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