Pendant plusieurs mois, appuyée par l’Institut Enterritoires, la Chambre d’Agriculture a réuni près de quarante acteurs représentatifs de la filière : viticulteurs, organisations professionnelles, chercheurs, collectivités et pouvoirs publics. Objectif : partager les constats, croiser les expertises et construire collectivement des réponses concrètes.
Cette concertation a abouti à un diagnostic partagé et à 35 propositions d’actions concrètes, structurées autour de six priorités, destinées à être mises en œuvre à l’échelle de l’ensemble de la filière dans un esprit résolument conquérant :
La maîtrise des rendements est devenue stratégique pour la filière bordelaise, afin de compenser la réduction des surfaces et de préserver les volumes et parts de marché.
L’enjeu est de maintenir une rentabilité malgré une instable, liée aux aléas climatiques et sanitaires. L’amélioration des rendements repose sur une approche progressive : optimisation des pratiques à court terme, adaptation des systèmes de conduite à moyen terme. À long terme, elle implique l’évolution du matériel végétal, notamment via des cépages résistants et des porte-greffes adaptés. Enfin, les institutions doivent accompagner cette transition (information, financement), assouplir les cadres AOC et renforcer les dispositifs assurantiels.
La baisse mondiale de la consommation de vins rouges s’accompagne d’une évolution vers des vins plus légers, moins alcoolisés et vers les blancs, rosés et effervescents. L’adaptation des styles de vins devient ainsi un levier clé pour aligner l’offre avec la demande et restaurer la viabilité économique des exploitations. À court terme, le surgreffage permet de faire évoluer rapidement l’encépagement, sous réserve de vignes jeunes et saines. Cette pratique, encore peu soutenue, devrait être mieux intégrée aux dispositifs de restructuration pour limiter les risques économiques. À moyen terme, un pilotage collectif de l’offre est nécessaire pour éviter de nouveaux déséquilibres et sécuriser les marchés.
L’arrachage engagé depuis 2023 libère des surfaces dont l’avenir est déterminant pour l’équilibre du territoire. La diversification des cultures et des activités apparaît comme un levier clé de résilience, à condition d’être pensée collectivement.
Sa viabilité repose sur une ingénierie territoriale intégrant contraintes agronomiques, eau, débouchés et investissements. La mobilisation d’outils fonciers et d’investissements collectifs est essentielle pour sécuriser les projets et limiter les risques.
Enfin, le développement d’activités complémentaires, notamment l’œnotourisme, contribue à renforcer durablement la résilience économique.
La crise viticole tient principalement à un décalage entre l’offre et la demande. La reconquête passe par une stratégie multicanale, du local à l’international, notamment auprès des jeunes consommateurs. Il est nécessaire de renforcer l’ancrage local (« patriotisme viticole ») et de redynamiser l’image des vins de Bordeaux par une offre diversifiée. À l’export, l’enjeu est d’accompagner les entreprises et de réorienter les aides vers la promotion. Enfin, le raccourcissement des circuits et une meilleure coopération avec le négoce sont essentiels pour la résilience économique.
La filière viticole fait face à une crise démographique majeure, avec la moitié des viticulteurs partant à la retraite d’ici 2030. Le renouvellement est insuffisant, aggravé par une pénurie de main-d’œuvre et un désintérêt des jeunes pour les formations viticoles. Les métiers, perçus comme pénibles et peu valorisés, peinent à attirer malgré leur technicité croissante. Attirer, former et fidéliser une main-d’œuvre qualifiée devient essentiel pour l’adaptation de la filière. Cela passe par des formations plus flexibles et une amélioration de l’attractivité des métiers (conditions de travail, image, accueil).
Face à la crise, les mesures d’urgence doivent laisser place à une stratégie de long terme adaptée au marché. Cela suppose de questionner le « tout AOC » et d’accompagner la diversification par une segmentation (IGP, VSIG). La modernisation des cahiers des charges est nécessaire pour renforcer la compétitivité des AOC. La filière souffre d’une sous-valorisation et d’un manque de rentabilité des exploitations. Le rééquilibrage des relations commerciales et un meilleur partage de la valeur deviennent prioritaires..
La Chambre d’Agriculture de la Gironde, établissement public au service des agriculteurs, des sylviculteurs, des propriétaires forestiers et des territoires ruraux, joue un rôle central dans l’accompagnement du monde agricole girondin. Pilier du développement rural, elle est dirigée par des élus professionnels..
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