Accueil / Reportages / La minute marché, avec Jean-Marie Jacob
C’est un homme de terroir qui n’ a pas la réputation de manier la langue de bois. Petit-fils de l’oenologue gérant du Château d’Yquem de 1934 à 1941; Jean Baptiste Jacob, Jean-Marie a pour la région un respect profond et un amour immodéré des vins de qualité. La retraite n’existe pas pour lui. Sa vie c’est le vin et ses acteurs de qualité.
Parcourir le vignoble en sa compagnie est une permanente recherche de découvertes et de récents millésimes produits par un nombre non négligeable de producteurs qui apprécient toujours ses commentaires justes mais aussi critiques de technicien patenté. Un personnage attachant, à l’expérience féconde et qui a su rester jeune d’esprit.
Jean-Marie Jacob : J’ai débuté ma carrière en 1967 dans la région méridionale, aux Ets. Siffren Gauthier, un négociant en vrac d’Avignon. J’avais en charge les vinifications des achats en caves coopératives des vins de table et d’ AOC des départements du Vaucluse, de la Drôme, du Gard et des Bouches du Rhône. Les vins élaborés rejoignaient ensuite de grandes maisons de négoce comme Nicolas, Geveor, Vins de France, Leonelli, Kiravi et Schenk notamment. Vint ensuite le retour dans ma région d’origine qu’est la Gironde.
JMJ : Revenu en 1971, j’ai en effet accédé à la restructuration du laboratoire syndical de Soussac de la Chambre d’Agriculture de Gironde. Il avait été créé par une poignée de vignerons locaux avec l’aide de l’ITV. Mon but était de former les viticulteurs à l’apprentissage des vinifications. Le millésime 1971 n’était pas un grand millésimes, il fallait sauver les meubles. A l’époque, 80% était des vins blancs et 20% des vins rouges, c’était d’ailleurs le début de l’AOC Bordeaux Rouge. Le passage à l’AOC fut d’ailleurs très favorable à la montée en qualité car il commençait à y avoir les premiers contrôles que l’on appelait « label » . J’ai pu aider mais aussi observer les résultats obtenus par les vignerons soucieux de la qualité et pour qui il n’y avait pas d’autres alternatives que de se faire un nom grâce à la qualité.
JMJ : Certes mais quand on exige de soi même une maîtrise du conseil on doit-être capable de transmettre son savoir faire et d’aider au mieux les vignerons pour obtenir la satisfaction. Pour moi, la qualité est avant tout une question d’état d’esprit. C’est une priorité absolue.
JMJ : Nous observons tous, depuis quelques années, que le monde du vin est à un tournant de son histoire. Trop d’offres et pas assez de consommateurs. De plus, dans nos contrées, le mode de consommation quotidien se meurt. Il faut désormais orienter le client potentiel vers un choix simple, répondant à sa demande, en adoptant des stratégies de communications innovantes et didactiques qui apparaissent comme étant un enjeu de taille. Les outils numériques aujourd’hui incontournables ont modifié les comportements de consommation. Les vignerons se doivent d’être à l’écoute de ses évolutions et de leurs réalisations. De plus, la montée en gamme des vins est une nécessité commerciale indispensable en sachant qu’au regard du changement climatique, les vignobles d’altitude serons plus aptes à produire des vins frais présentant moins d’alcool.
JMJ : Depuis une quinzaine d’années je n’ai cessé d’alerter à de multiples occasions les responsables viticoles de Bordeaux sur les dérives de la gestion des AOC locales. Quand on parle de la qualité il faut aussi gérer la non qualité qui pénalise l’ensemble du commerce des vins de Bordeaux et tire les vins vers les prix observés actuellement. En 34 ans de responsable oenologique j’ai pu observer que 10 à 15% des vins, sauf années exceptionnelles, n’avaient pas l’aptitude à porter le nom et renom prestigieux de vins de Bordeaux. De nombreux consommateurs sont déçus de leurs achats de vins de château en grande distribution. Ce n’est pas normal et c’est tout à fait condamnable.
JMJ : L’arrachage est nécessaire car le vignoble est pléthorique depuis trop longtemps. Il est par contre regrettable de voir, comme on le voit aujourd’hui, des terroirs de qualité disparaître. L’arrachage est en effet volontaire mais non réfléchi sur l’ensemble des appellations. On peut certes réduire le volume pour approcher l’offre de la demande mais si les volumes de vins proposés n’ont pas la qualité requise, la solution ne sera pas trouvée. En ce qui concerne la distillation, je ne peux qu’être partisan en tous les cas pour les vins qui n’ont pas obtenu l’AOC.
JMJ : Comment définir la qualité d’un vin de Bordeaux? C’est un ensemble d’éléments. Les cépages, le terroir, les conditions de production… Un vin de Bordeaux doit-être rond, souple, aux arômes complexes. Plus il y a de cépages, meilleur sera l’assemblage final. Il est grand temps que des réflexions communes soient prises pour améliorer l’images des « petits » Bordeaux. La publicité ne suffit pas si les produits n’ont pas d’identité concrète. Misons sur la qualité du millésime 2025 qui devrait réconcilier les amateurs de vins de Bordeaux.
JMJ : A Bordeaux, la vente directe de la propriété ne concerne que 30% des volumes produits. Le solde de production sont des volumes commercialisés en vrac auprès du négoce. Ces vins correspondent-ils au marché actuel ? Il est tout à fait anormal de trouver en grande distribution des vins à des prix inférieurs à 3 € la bouteille…Ce n’est pas de cette façon que l’on va satisfaire les amateurs de Bordeaux tout en sachant que le Bordeaux est le vin préféré des Français….
JMJ : J’ai confiance aux jeunes générations motivées par la qualité et à l’avènement des femmes dans le secteur. Elles ont un rôle moteur, novateur, de plus en plus apprécié.
Article réalisé par Bernard Sirot.
Journaliste et dégustateur Vintaste
Photos Bernard Sirot.
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